Quand jétais petite, je me sentais toujours très seule et la lecture a été mon chaudron magique, ma bouée de sauvetage pour pourfendre lennui, mon nuage pour méchapper dun quotidien parfois bizarre.
Mais quelque soit les personnages que jai investi, je me sentais lâme du héroïne. Jai endossé tous les rôles, pris tous les risques , chevauché tous les chevaux ; lhérî
ne que jétais , à linstar de mon corps androgyne était hermaphrodite, tant^to mâle tantôt femelle, amazone ou pilote de chasse pourvu quelle soit courageuse et téméraire. Même pas peur.
Petite, je mhabillais dune cape noire sur ma silhouette dOlive ( la copine de Popeye, grande et maigre avec une grosse tête, pleine de cheveux me concernant ) et je mappelais Fantomette, je
je menvolais par les toits en faisant « bruit de Samantha , ma sorcière bien aimée » avec mon nez.
Jétais la 7ème des gônes des compagnons de la Croix_Rousse alors quil n y a que des garçons, délaissant le club des 5 et le clan des 7 jugés trop Gnan-gnan.
Devant ma TV, Jétais Aktarus dans mon Goldorak_go ! que je préférais à la mièvre Candy qui nen pouvait plus dattendre son prince des collines avec sa cornemuse, même si jaurai pu tuer père et mère pour tenir Capucin ou tout autre animal poilu dans mes bras.
Jétais une héroïne ou parfaitement une héroïne et mon destin était de changer le monde, ou en tout cas résoudre des enquêtes ou dénoncer des malheurs. `
Je me sentais lâme de de grogner contre les obligations, les « on a toujours fait comme ça » pourfendre les injustices , et très vite jai nourri à légard de Willy, le mari profanateur du talent exclusif de Colette un vif ressentiment et un dégoût pour lusurpation. Claudine est rentrée dans ma vie et avec elle le bingewatching littéraire et une passion pour les sagas.
Que nai je pas supplié ma mère de memmener à la seule grande librairie de Nancy pour acheter toute loeuvre de Colette puis celle de Zola. Javais punaisé larbre généalogique des Rougon_macquart dans ma chambre jusquà ma rencontre avec Flaubert. Ah Emma que je tai détesté et aimé, dans tes attentes, dans tes ennuis de province, dans tes envies et tes désillusions;Que jai detesté que tu lâches laffaire et choisisse la simplicité. Grâce à toi jai su très vite qui je ne voulais pas être mais bitch, tu mas filé le virus dun romantisme délétère. Etde Flaubert jai retenu cette citation qui me va si bien « Je suis dune sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchirent »
Le cinéma est entré dans ma vie à lâge de 7 ans lorsque je meffondre, prise dun incontrôlable chagrin dès que les lumières se sont rallumées à la fin dET.
Depuis le 7ème art na eu de cesse de memporter dans le tourbillon de ses nouvelles héroïnes, ma fait connaitre mille et un métiers, ma fait toucher du doigt (hm hm ) la plastique masculine, enfin du coup ma plastique. Juste un doigt, « vous ne voulez pas un whisky dabord ? « (sounddesign)
A lépoque quand on allait pas au cinéma , il fallait attendre très longtemps avant que le film sorte en VHS (environ 5 ans). Ce que nous appelons aujourdhui la chronologie des média ne nous donnait pas accès rapidement à la fameuse deuxième fenêtre.
Si vous rajoutez à cela le comité de censure maternelle qui voyait dans certains films lappel à la débauche à laquelle javais très certainement de très bonnes dispositions, ma culture cinématographique a pris du temps à sinstaller. Pensez donc que le film « la boum » fut considéré dans la maison familiale comme potentiellement subversif, alors « leffrontée » et ceut été une tentative de putsch adolescente dans les beaux quartiers nancéiens. Javais quand même réussi à choper « Diabolo Menthe à leau » en douce et « lhôtel de la plage » parce que jadorais Mort Shumann.
Bref de mémoire, le cinéma à part les sordides Walt Disney juste bons à nous faire passer pour des femelles endormies que seul le baiser dun ridicule Prince en collant blanc sans aucune anatomie masculine visible pouvait faire sortir de leur misérable condition) , a vraiment démarré au sortir dune adolescence commencée assez tôt ( Déso, jai pas la date de fin)
Les premiers chocs sont venus de 2 films : le vieux Fusil et le choix de Sophie, 2 films qui vous enseignent plus que tous les livres dhistoire sur les bourreaux et leurs victimes, sur ce que lhomme est capable de faire à son prochain.
Lino Ventura a souvent été mon père, il maurait giflé quand je lui aurai répondu « la liberté « à sa question débile « Que veux tu » ? , il aurait enflammé ma décapotable avec mon propre cocktail molotoff quand je lui aurai dit « le capitalisme cest foutu » mais laventure reste laventure.
La littérature est lacte fondateur de ma vie amoureuse, Laclos ma appris les amours épistolaires, Valmont la volupté, Wilde lhédonisme.
Avec le cinéma, jai voulu faire tous les métiers, Jai été journaliste dinvestigation avec Bob et Carl, juge dans un tribunal pour calmer 12 hommes en colère, infirmière en chef pour sauver Mc Murphy, Professeur pour quon me dise « Captain my captain » et encore professeur des écoles pour ressembler à Marie-Sophie L dans un de mes films préférés « La belle histoire « , Jai été fermière au Kenya pour sauver une tribu, agent du FBI pour traquer un serial Killer et surfeuse avec Keanu Reaves.Jai même crée des petits pots pour bébé comme Diane Keaton.Mais surtout surtout je ramassais des poignées de terre dans ma main et criais le regard pénétré, un des sourcils relevés ( hyper dur à faire , essaie toi même ) et comme Scarlett je disais dans mon anglais pourri « I ve never be hungry again ». En revanche, No way, Ashley même pas en rêve.
Avant de mattaquer physiquement sexuellement aux hommes , jai eu ma période fleur bleue avec bébé et Patriiiiick , jai appris à ôter mon soutif qui ne soutenait que mon égo grâce à Alex Owens dans Flashdance, et mes premières questions existentielles ont été si esthétiquement mises en apesanteur dans les ailes du désir de Wim Wenders.
Plus tard, jai rêvé de la courbure de fesses daDJANI pour que les hommes , à linstar de Pimpon soient fous de moi et que je puisse hurler dans la rue « Quoi tu veux mettre une armure, tu veux tenvoyer Jeanne dArc ? Sounddesign« moi la Lorraine avec mes gros sabots
SI je dois mon irrespect des conventions, cest bien grâce à une femme sous influence et puis un peu plus tard à Thelma et Louise. ( Avec ou Sans Brad Pitt)
Je suis bien entendu tombée en amour de Romy comme nous toutes (sauf de Sissi que javais envie de gifler et dont je nai jamais vu plus de 430mn) et avec elle le cinéma de Sautet.
Jai regardé ces films à lépoque où on se sent une femme mais que lon nest pas vraiment complètement. Jécoutais la chanson dHélène qui maccompagne encore aujourdhui dans mes playlists et qui ma donne une vision différente du couple traditionnel et surtout dune certaine idée de la bienveillance féminine.
Romy qui me fait découvrir un des plus beaux homme sur la Terre, Samy , la voix la plus sensuelle au monde ( mon ex-mari à 40 ans lui ressemblait fortement dailleurs)
Je suis définitivement tombée amoureuse des grands hommes bruns quand jai vu Greta Scacchi dans les bras de Peter Coyotte. Jai dailleurs joué avant lui « Lunes de fiel » avec son sosie, de 20 ans mon ainé fin des années 80. Pascal Bruckner je te dois des après-midi entiers de sexe débridés et nabokoviens.
Quelques mois plus tôt, je rêvais dêtre une sirène pour aller chercher Jean-marc en apnée alors que je roucoulais avec un des hommes de ma vie, escogriffe musicien de jazz, au regard à tomber par terre et qui prenait mon visage dans ses mains pour membrasser ( sérieux les meufs, ne peut on pas tomber éperdument amoureuse dun homme qui sait prendre votre visage entre ses deux grandes mains en vous disant je taime ? ) Un peu comme le beaucoup trop sexy Gérard Lanvin dans Saxo.
Ce ne sont pas les « Lui et autres « playboy « de mon père, si mal cachés dans le grenier qui ont fait de moi une femme passionnée de sexe.
Nous, génération 70, sommes nées sans ordinateur, étions des adolescentes sans internet et sans aucun accès à la pornographie en 1 clic.
Comment avons-nous appréhendé la sexualité sinon dans les livres ? ( bon un peu le dimanche soir sur M6 mais pas de quoi fouetter une chatte non plus )
Jai découvert Anais Nine à 16 ans en tombant par hasard sur la couverture de Vénus Erotica, puis Miller lui a succédé et quand jai lu le boucher dAlina Reyes, jai compris que je ne serais jamais vegan.
Jeremy, jaurai voulu être fatalement ta Juliette , Christophe jaurai fait le tour du paté de maison à genoux sur des clous et nue pour te retrouver dans ton fauteuil dans Péril en la demeure, ou pour toi Zorg dans ton bungalow ,jaurai gardé mes dents du bonheur pour être ta Betty et humecter ta mouture.
Zorg, que jai retrouvé une nuit dété en ville avec Marie, ou à la montagne avec Elie et ses marmottes.
Ah Jean-Hugues que je tai aimé, partout tout le temps, je tai aimé blessé, je tai aimé dans le métro, je tai aimé dans tes quêtes nocturnes, et surtout surtout jaurai pu tomber malade damour pour toi, à linstar de natassia à qui lépoque on me prêtait une vague ressemblance.
Et puis grâce à toi, jai découvert Philiipe Djian, lécrivain de mon coeur, celui que je lisais pendant des cours de philo de mon bac A2. Celui par qui létincelle de la littérature contemporaine sest allumée. Ah Philippe, mon amour, les pages de Maudit manège sont encore humides de mes larmes, celle de Lent dehors sont usées davoir été tant lues, froissées de ma fébrilité à parcourir des phrases sur lesquelles je restais bloquée démotions pendant 2 longues minutes.
Avec toi Philippe, jai découvert ce que cest que de rester interdite comme une pelouse, figée dans la phrase, suspendue à ta plume.
Grâce à toi Natassia, jai voulu être une femme dans un harem avec Ben, tu as été la quintessence de la beauté, la féminité, la sensualité.
Ces histoires dans les livres ou sur grand écran mont appris lamitié, la famille ( surtout dans Festen quel chef duvre ! ) lamour, la passion, la sexualité,. Un dernier tango ma fait la surprise de découvrir quil y avait donc dautres zones possibles à envisager avant dapprendre les conditions du tournage et den être choquée.
Le cinéma la littérature ont t elles fini de bousculer ma vie ? Y a t il eu un moment où jétais moins perméable aux histoires ? Non
Ma maman ma un jour reproché dêtre une diva : jai toujours eu il est vrai lenvie impérieuse de faire de ma vie un roman. Les personnages ont sublimé ma vie , lont transcendé.
Quand des jolies histoires ont éclos, je les ai vécues encore plus puissamment grâce aux talents des auteurs qui mont inspirée. Ils mont donné lenvie davoir envie johnny, , et aussi en mettant un point final à leur roman ou à leur film, mont fait toucher du doigt leur évanescence afin que jen profite à chaque instant.
24 h dans la vie dune femme , je les ai vécu 72H avec un homme que jai aimé, puissamment, follement, le temps dune escapade normande.
Mes rêves aujourdhui se construisent autour dun livre que jai à écrire, sinspirant de ces tribus de femmes qui vivent en parfaite autarcie. Non pas que jai viré ma cuti car je suis trop amoureuse des hommes et de leur sexe, de leurs poils, de leurs odeurs, de leur douceur et de leur brusquerie.
En me ré inventant mon monde de demain je le vois dans un partage féminin de nos charges mentales, dans une sororité de chaque instant, je le vois dans un quotidien à la fois plus solitaire pour prendre conscience de notre être et notre individualité et à la fois dans une joyeuse cacophonie créatrice et solidaire. Je ny exclus pas les hommes mais je nai plus envie de faire la gueule quand ils regardent un match de foot ou quils ne comprennent pas que Dirty Dancing, cest la base. Même si on la vu 456000 fois.
On pourrait imaginer des séances de ciné mixte en plein air avec la cité de la peur. Hyper fédérateur ca la cité de la peur, non?
Je vois mon monde de demain en pleine nature avec un potager et des poules, je le vois comme des grandes maisons respectueuses de notre planète, des écoles avec des enfants à qui on apprend à faire des câlins aux arbres plutôt que Pythagore ou en tout cas dans des proportions justifiés. Une espèce de folie entre le Katmandou de Barjavel ( pour le côté hot) et Pierre Rabhi, assaisonné de Philippe Tesson mais avec la fibre 4G , une bonne playlist et un ét ablissement secondaire des chandelles, le tout drivé par un Patrick Dewaere en psy pour les séances collectives. ( si vous navez pas vu ce film méconnu de Philippe de Broca, il est en streaming..une pépite)
Une sobriété non radicale peut-être mais tellement romanesque . On pourrait même en faire un film non?



